Perros-Guirec – Pont de l’ascension 2012

En mai, fait ce qu’il te plait ! Les propriétaires de Cap Corse aiment suivre ce dicton à la lettre. En mai, ils participent donc à leur concentration nationale annuelle ; leur CAP comme ils disent. En 2012, il a eu lieu à Perros-Guirec, plus précisément à Ploumanac’h, à l’occasion du pont de l’Ascension.

 

Pour cette manifestation, l’ambitieux propriétaire de TITUS 2 a prévu une rénovation totale. Allez-y, mesdames et messieurs, tout doit y passer, de la cave au grenier… Pardon, de la cale à la pointe du mât, tout doit être restauré : le pont, le roof et le cockpit en bois, mais aussi la coque en polyester. À cela, on ajoutera un superbe gréement SELDEN tout neuf, ainsi qu’un magnifique jeu de voile LE BIHAN, le tout décrochés à l’occasion des 60 piges du proprio et grâce à la générosité de la famille et de merveilleux amis ! Bref, objectif : avoir un beau canot tout pimpant à l’occasion des retrouvailles annuelles de la série. Viser la coupe “Pretty Maid” de la plus belle restauration ? Pourquoi pas, bien qu’il y ait de la concurrence cette année…

 

Magnifique côte au granit sculpté par la nature.

 

Trop de boulot !

Las ! Comme on dit puis. Bien qu’aidé par un ami dévoué, expérimenté et efficace – merci Gilles – le travail a pris bien plus de temps que prévu. Tout le mois d’avril y est passé et nous ne sommes arrivés à finir que le pont avant et le roof. Il faut dire que nous avons fignolé ! Réparations des joues du roof et des listons, étanchéité de la liaison coque-pont au tissu de verre et à la résine époxy. Ponçage intégral, application de G4, 1 couche d’apprêt et 2 couches de peinture, ou 3 couches de vernis aux endroits nécessaires… Même pas le temps de s’attaquer au cockpit !

 

Heureusement, nous avions fait un planning de chantier tenant compte de l’incontournable rendez-vous qu’avait TITUS à Perros-Guirec : un saucissonnage des différentes phases de travaux permettant de les suspendre si nous ne les avions pas terminées. La suite prouva que nous avons eu raison.

 

Quelques jours avant de partir, la coque et le cockpit ne sont toujours pas réalisés… Attaquer le cockpit ? Trop de boulot ; et on ne peut pas laisser le bois à nu si nous allons en mer. Alors, nous décidons d’avancer sur la coque. Celle-ci semble souffrir par endroits d’un léger osmosage*… Bizarre, d’autant que c’est au dessus de la ligne de flottaison mais, finalement, assez peu inquiétant. Le phénomène est restreint et, après consultation d’un spécialiste, nous décidons un ponçage efficace des endroits touchés et un traitement au WaterTite (sorte de mastic particulièrement facile à travailler et très protecteur). Grand spécialiste du maniement de la truelle et du couteau, mon frère Yves (comme l’écrirait Pierre Loti…) nous prête main forte. Résultat : comme nous n’avons pas le temps de finir ponçage et masticage (et bien sûr mise en peinture), TITUS se retrouve avec de belles salissures sur sa robe grenat, genre vache normande, mais qui serait rouge avec des tâches grises… Ce n’est pas du meilleur goût, mais ça attire l’œil comme la suite du récit le prouvera !

 

Non, Titus n’est pas une Holstein mais un Cap Corse bon teint, même si quelques tâches grises ornent sa belle robe vermillon !

 

Le CAP, c’est l’occasion de se courir après…

Bref, c’est dans cet équipage (si j’ose dire) que nous nous retrouvons à Ploumanac’h pour le pré-CAP. Décidément, les cap-corsistes ont du goût, et du bon. Quel magnifique coin de France ! Cette côte de granit rose est superbe. Sûrement un des plus beaux paysages de Bretagne. Et, en plus, les “autochtones” sont accueillants et sympathiques. Un grand merci à tous les membres de la S.R.P. qui nous ont reçus si gentiment et organisé nos ébats sur l’eau si efficacement.

 

Passons rapidement sur les détails si bien narrés par ailleurs. Le pré-CAP est toujours aussi sympathique et enrichissant par ses découvertes tant touristiques qu’humaines. Partages des bungalows, dîners au restaurant, navigations de concert – ainsi que de conserve** – devant cette magnifique côte et autour de l’archipel des Sept Iles… Que du bonheur !

 

Et attaquons le plat de résistance. Le CAP, c’est l’occasion de se courir après les uns et les autres en tournant autour de marques de parcours naturelles ou mouillées pour l’occasion. C’est vrai qu’on a l’esprit ludique chez les Cap Corse ! Mais le poète ne dit-il pas que ce qui différencie l’adulte de l’enfant, ce n’est que le prix de ses jouets…? Bref, si on s’amuse bien, il faut pourtant une touche de sérieux pour justifier de notre statut d’adulte. Alors, on choisit un comité de course, un jury, voire un président de comité de réclamation. Ca pose, non ? Les membres de la Société des Régates de Perros se sont prêtés au jeu avec bonheur. C’est donc nantis de tout ce que peux souhaiter un régatier que nous sommes partis à l’assaut des bouées du coin. De pétole à un bon force 5, la météo nous a fait bénéficier d’une palette élargie de son savoir-faire, l’ensemble étant agrémenté de quelques courants vicieux qui ont laissés des traces bizarres sur certains GPS… La notion de “bords carrés” vous évoque-t-elle quelque chose ? D’un autre côté, c’est la Bretagne Nord, hein ?!

 

Se courir après en tournant autour de quelques bouées…

 

Bon, finalement, TITUS monté par un équipage plutôt de gros temps (on ne sourit pas !) ne s’en tire pas trop mal. Un petit temps d’adaptation au nouveau matériel (voiles et gréement neuf quand même…) avec deux place de 5e. Puis, on améliore : 3e et second. Nous sommes satisfaits. Cela nous permettra même peut-être de monter sur le podium.

 

Remise des prix

Cérémonie bien sympathique qui permet de se retrouver tous une dernière fois avant de se quitter, la remise des prix a donné le palmarès suivant. On trouve devant, sur PÉNÉLOPE, le trio infernal des Papy Flingueurs : les frères Le Jeloux flanqués du terrible cousin. Suivent la fille Le Jeloux (quelle famille !) équipée de son duo de choc composé de son mari et de son beau-frère sur… TY’CHAMP ? Non. Sur MARINE gentiment prêté par notre Babar national, car le précédent a encore la quille en l’air sous son hangar de restauration ! Ensuite, c’est le suspense… Si j’ai bien compté, TITUS a le même nombre de point que le BOIS D’ARDEAU de notre ami Pierre MANNU. Qui grimpera sur la troisième marche ? Ce sera TITUS, au bénéfice de la meilleur place sur la dernière manche.

 

Et pourtant ! Regardez la photo ci-contre. Elle montre la passe d’arme entre BOIS D’ARDEAU et TITUS sur la ligne d’arrivée de la troisième manche. La photo est prise du bateau comité… Pour ne pas passer à côté de la ligne, BOIS D’ARDEAU (qui est devant) est obligé de virer à la dernière seconde et remonte celle-ci en parallèle sur quelques mètres. Cela suffit à TITUS qui a un peu plus d’aire à courir. Il abat légèrement, frôle les fesses du drôle – c’est millimétrique – et franchit la ligne en tête devant le regard approbateur du comité de course !

 

Belle passe d’arme entre BOIS D’ARDEAU et TITUS !

 

Un coup de chance ? Peut-être. Mais notre troisième place, nous ne l’avons pas volée. Si Pierre a pu être dépité par la mésaventure narrée ici, nous le fumes aussi à l’occasion de cette manche que nous menions largement (près d’un demi tour d’avance sur le second !) et que le comité de course a du annuler en raison du manque de vent et d’un fort courant (que TITUS avait su négocier). C’était sage… Mais, ça fout les b—–, comme on dit vulgairement ! Et je pense que le comité de course en a eu conscience…

 

Alors, comme la SRP avait promis une coupe décernée en fonction de critères connus seulement du jury… C’est TITUS qui l’a eu ! Son skipper se plait à imaginer que c’est en raison des deux ou trois faits d’armes dont il s’est rendu coupable. Mais nos amis bretons – qui ont de l’humour – lui ont décerné… La coupe dite “de l’élégance”  en soulignant la qualité de décoration de la coque du bateau ! Non contant de cette facétie, ils en ont rajouté en accompagnant la dite coupe d’un magnifique objet d’art (retrouvé probablement au grenier du club et dépoussiéré pour l’occasion) proposant la double fonction de décoration (ce marin ravaudant ses filet est plein de cette douce nostalgie des biscuits*** d’antan !) et de baromètre. La classe, quoi ! L’épouse du skipper était comblée : elle qui ne rêve que d’utiliser les coupes rapportées par son marin de mari comme pot de fleurs cachés le plus loin possible au fond du jardin, elle s’est retrouvé avec deux coupe (dont celle de l’élégance lui a été dédiée officiellement, bien sûr !) et un magnifique marin de dessus de télévision (vous savez, là, sur le petit napperon brodé…) qui pourrait remplacer avantageusement un nain de jardin. Ceci dit, on appréciera la métaphore du vieux marin assis sur une bitte sur le quai donnant la météo des heures à venir à qui… veut bien regarder son baromètre !

 

Deux coupes et un magnifique objet d’art : l’épouse du skipper est comblée !

 

Bref, beaucoup de bonne humeur et de gaieté lors de cette remise de prix, un peu d’émotion et surtout, beaucoup de camaraderie et d’amitié. Ah oui, vraiment, les Cap Corse c’est la classe ! Ou la classe des Cap Corse, c’est bien la plus sympa ! Merci à tous pour votre générosité de cœur et votre sens du partage. 

 

Notes :

* Osmose : l’osmose est un phénomène de diffusion de la matière mis en évidence lorsque les molécules d’eau traversent une membrane semi-perméable qui sépare deux liquide dont les concentrations en produits dissous sont différentes. La différence de concentration provoque une différence de pression osmotique qui engendre un déplacement du solvant à travers la membrane. C’est bien compris ? J’en vois au fond qui n’écoutent pas… Bon, interro lundi prochain !

** Les deux expressions sont valables avec une légère différence de signification que je vous laisse découvrir dans “La puce à l’oreille“, ouvrage de Claude Duneton sur l’origine des expressions françaises. Ca se lit comme un roman, c’est passionnant et c’est paru en livre de poche.

*** Le biscuit, qui a contribué à la popularité de la Manufacture de Porcelaine de Sèvres, est une porcelaine cuite sans glaçure ou émail. Il est utilisé surtout pour réaliser des statuettes, des surtouts de table, des réductions de grandes statues… Des artistes de renom ont donné des modèles à la manufacture : Boucher, Falconet, Boizot, Carpeaux…